AMBIVALENCE, la lisière des possibles
Dans ce monde saturé d'images, où le zapping et le scrolling sont devenus une habitude. Nous oublions le plaisir simple et revigorant de la contemplation. L’artiste photographe Corinne Thouvenin nous fait renouer avec ce plaisir en usant de l’ambivalence visuelle. Plus exactement, de la paréidolie, un phénomène de double-lecture réel/imaginaire, fondé sur la manière dont notre cerveau décode son environnement. Au premier abord, elle nous propose un jeu visuel : trouver le sujet caché, voir au-delà de la première apparence. Un décryptage amusant, à la portée de tous. Avec notre âme d’enfant, on se surprend à deviner ce que l’artiste a voulu faire ; et rapidement on se projette ; parfois même, on rêve. En outre, en choisissant de privilégier l’équivoque sur l’univoque, mais aussi la suggestion sur la narration, l’artiste ouvre un espace d’interprétation où la lecture passive d’une photo n’existe pas.
Dans chacune de ses photographies, Corinne Thouvenin photographie le réel et, en même temps, l’imaginaire. Elle utilise le réel comme une matière première qu’elle détourne et transfigure par un travail de mise en scène photographique. Autrement dit, sans montage photo ni intelligence artificielle. Ce faisant, elle rend visible la puissance onirique du réel, mais aussi sa plasticité et sa porosité. Surtout, elle ancre dans notre esprit ceci :
• « En photographie, le réel ne signifie rien car la photographie n’est jamais uniquement un procédé d’enregistrement du réel. » ;
• « Croire que l’on peut percevoir le réel de manière objective est une illusion.»
Ce propos est intentionnel. Elle use du détournement et de l’ambivalence pour nous le dire. De même, les titres de ses photos et ses paroles appuient son propos : « Mes photographies se veulent à la fois l’expression de mon imaginaire d’artiste et le miroir de l’imaginaire du spectateur. »
« J’ai titré certaines de mes séries Les Simulacres et Les Faux-semblants pour montrer que la porosité entre le réel et l’imaginaire est inhérente à la manière dont nous voyons et à la photographie en tant qu’outil. »
Enfin, Corinne Thouvenin joue aussi avec l’ambivalence pour montrer « que le réel possède en lui les germes d'une pluralité et d’une altérité sublimes. » et que « les antipodes peuvent se ressembler [sic] car il existe une porosité entre le végétal et l’animal ; entre le gigantesque et le minuscule… »
Agénore Thoré, article de l'exposition "Ambivalence, la lisière des possibles", Amiens, le 9 mai 2026.