En quoi consiste ma démarche ? 

Bien plus que des calembours visuels
Mes photographies sont des calembours visuels qui recourent à l’analogie, à la métaphore, à l’ambiguïté et à l’oxymore pour créer de l’étonnement, de l’amusement, du sens et de la beauté. 

L’ambivalence comme concept
Je détourne un sujet, issu du réel, pour en montrer un autre, issu de l’imaginaire. Notez que je ne fais pas disparaître mon sujet initial : Autrement dit, l’imaginaire et le réel fusionnent au sein de la même forme. Telle une symbiose, ils coexistent au sein de la même forme. Ainsi :

  • une fleur (sujet réel) devient un béluga [dauphin baleine] (sujet imaginaire) ;

  • un feu d’artifice (sujet réel) devient une course de spermatozoïdes (sujet imaginaire) ;

  • un ciel diurne (sujet réel) devient une tempête marine nocturne (sujet imaginaire) ;

En somme, l’ambivalence est au cœur de ma démarche artistique. Elle est toujours intentionnelle, pensée bien avant la réalisation de l’œuvre. 
Cette ambivalence n’est en rien un leurre ou un trompe-œil. Même s’il y a un jeu d’illusion, l’illusion ne se substitue jamais à la réalité. Par des techniques photographiques complexes, je détourne et métamorphose le réel sans jamais l’effacer.

Jouer de la ressemblance pour impliquer et enchanter le spectateur
Comme le dit Agénore Thoré, dans son article La magie de l’ambivalence dans les œuvres de Corinne Thouvenin, il s’agit de jouer de la ressemblance : « Cette troublante, étonnante ou amusante ressemblance est à la fois réelle et orchestrée : réelle car observée par l’artiste ; orchestrée car savamment valorisée par l’artiste (mimétisme visuel, mimétisme comportemental). Pour jouer de la ressemblance, il n'est pas nécessaire d'avoir une connaissance exacte de la chose. Comme nous le démontre Corinne Thouvenin, parler à nos représentations mentales, si approximatives soient-elles, touche et implique davantage les spectateurs que nous sommes. »

Le réel comme médium
Le réel est le médium à partir duquel je travaille : c’est le support de mon imaginaire. Je vois la photographie comme la création d’une image à partir du réel. Je rends visible mon imaginaire en détournant l’emploi d’un outil d’enregistrement du réel. Autrement dit, au lieu d’utiliser l’appareil photo pour restituer le réel, j’utilise ses possibilités créatives. Cela revient souvent à faire ce que certains considèrent, à tort, comme des erreurs techniques.

Chaque photo est un challenge 
Rendre visible l’imaginaire en usant d’un procédé d’enregistrement du réel, c’est à la fois un challenge et un tour de magie où le hasard n’a pas de place. C’est un défi qui commence par la longue du recherche du sujet capable d’incarner mon concept ; qui se poursuit par un travail d’expérimentations techniques ; et qui se termine par un travail de mise en scène pour peaufiner l’incarnation de mon imaginaire. 

 

L’esthétique et l’ambivalence comme voies d’entrée dans l’imaginaire.
Pour moi, le sublime et l’ambivalence sont des voies d’entrée dans l’imaginaire : ils nous élèvent au-delà du réel et de l’ordinaire ennuyeux. C’est pourquoi je travaille à créer des photos superbes et ambivalentes. 

Ce qui motive ma démarche

Pourquoi cette fusion du réel et de l’imaginaire est-elle importante ? Parce que cette ambivalence modifie notre perception du réel : l’imaginaire rend le réel étonnant, intriguant, intéressant, ludique, ou bien il nous questionne sur ce réel. Parce que, pour moi, l’important ce n’est pas le sujet photographié. C’est l’imaginaire qu’il recèle.

En outre, créer une image double, c’est amusant à faire et c’est une manière de s’impliquer dans la photo et d’y impliquer le spectateur. Cela montre que la photographie, au même titre que la peinture, est à la fois l’expression de l’imaginaire de l’artiste et le miroir de l’imaginaire du spectateur.